15 octobre 2021

Soirée 5 - 19h
Bloc_1

PIONNIÈRES ET FONDATEURS


1345 Ave. Lalonde, Montréal

Veuillez noter qu’il est possible de vous procurer un PASSEPORT AKOUSMA pour les concerts donnés à l’Usine C les 13, 14 et 15 octobre  (choisissez d’abord une date, puis l’option passeport sera disponible).
Achat de billets

Micheline Coulombe Saint-Marcoux

Spatialisée par Yves Daoust

Micheline Coulombe Saint-Marcoux est née à Notre-Dame-de-la-Doré, dans la région du Lac-Saint-Jean, au Québec, le 9 août 1938. Son enfance tout près de la nature, et la maison familiale où l’on chantait toujours, vont marquer sa manière d’explorer la voix (Arksalalartôq) et d’évoquer les paysages naturels (Moustières) dans ses dernières œuvres électroacoustiques.

En 1965 elle étudie avec Tony Aubin à l’Académie internationale d’été de Nice (France) où elle remporte le Prix René-Poire, son premier prix en composition. En 1967, elle obtient un premier prix en composition au Conservatoire de musique de Montréal avec Modulaire, une œuvre pour orchestre et ondes Martenot, et l’Académie de musique de Québec (AMQ) lui décerne le Prix d’Europe (de composition) qui, pour la première fois, est remis à une femme.

En 1968, à la suggestion de Iannis Xenakis, Micheline Coulombe Saint- Marcoux s’envole vers Paris pour étudier la musique électroacoustique avec le Groupe de recherches musicales (GRM). Elle travaille alors avec François Bayle, Guy Reibel et Henri Chiarucci. Elle suit aussi le cours de Pierre Schaeffer au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, ainsi que des leçons privées de composition avec Gilbert Amy et Jean-Pierre Guézec.

En novembre 1969, elle co-fonde le Groupe international de musique électroacoustique de Paris (GIMEP) avec cinq autres jeunes compositeurs (Eduardo Bértola, Joanna Bruzdowicz, Pierre Boeswillwald, Dieter Kaufmann et Jacques Lejeune). Entre 1970 et 73, le GIMEP présentera des concerts en Europe, en Amérique du Sud et au Canada.

À son retour à Montréal en juillet 1971, Micheline Coulombe Saint-Marcoux se joint au Conservatoire de musique de Montréal. Elle y enseignera jusqu’à sa mort en 1985.

Programme
Contrastances (6’34’’)

Conçue à partir d’un matériau assez restreint, cette étude consiste en une juxtaposition de moments dont les effets de contrastes sont produits par des traitements différents du son. Chaque moment vise à mettre en évidence certaines caractéristiques sonores, créant ainsi un jeu constant d’oppositions.

Contrastances a été réalisée en février 1971 dans un studio privé à Paris (France) et a été créée le 1er avril 1971 au Musée d’art moderne, à Paris (France).





Gisèle Ricard

Spatialisée par Monique Jean

Née dans une famille de «violoneux» où il manquait quelqu’un sur le banc du piano, Gisèle Ricard est devenue pianiste par nécessité. Au milieu des années 1960, elle entreprend des études en interprétation et en pédagogie musicale à l’École de musique de l’Université Laval à Québec. C’est là qu’elle s’initie à la composition électroacoustique. Créé en 1969 par Nil Parent, le Studio de musique électronique de l’Université Laval (SMEUL) est un lieu sans égal pour les «expérimentalistes» francophones du Québec. Au tournant de l’année 1974, Ricard cofonde, avec Parent, Marcelle Deschênes et Jean Piché, le Groupe d’interprétation de musique électroacoustique (GIMEL).

Cet ensemble donne des concerts au Québec et en Ontario avant de se rendre en Europe en mars 1976 pour une série de performances et d’ateliers-rencontres. En 1978 Ricard participe à la fondation de l’Association de musique actuelle de Québec (AMAQ). Elle s’associe ensuite à Bernard Bonnier avec qui elle crée le Studio Amaryllis. En 2002, elle se joint à Erreur de type 27 (E27) à titre de directrice générale et de directrice artistique, ce jusqu’en 2008.

Programme
Je vous aime (13’08’’)

Musique électroacoustique nuptiale.

Créé le 8 mai 1987: Concert d’après-midi, Faculté de musique — Université de Montréal, Montréal (Québec)





Marcelle Deschênes 

Spatialisée par Louis Dufort

Compositrice, pianiste, pédagogue et artiste multimédia, née à Price (Québec) en 1939.

Maîtrise et scolarité de doctorat en composition, avec Jean Papineau- Couture et Serge Garant à l’Université de Montréal (1963-68), puis séjour de travail et d’approfondissement à Paris au Groupe de recherches musicales de l’ORTF avec Pierre Schaeffer, François Bayle et Guy Reibel et à l’Université de Paris VIII (1968-71).

À Québec, de 1972 à 77, elle est chargée d’enseignement et de recherche en perception auditive, en pédagogie musicale pour les enfants et en techniques d’animation multi-art, au Studio de musique électronique de l’Université Laval (SMEUL) où elle cofonde le Groupe d’interprétation de musique électroacoustique (GIMEL).

De retour à Montréal, elle participe activement à la mise en place et au fonctionnement de divers organismes comme membre fondatrice et membre du conseil d’administration: ACREQ (Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec), Action multimédia (avec la compagnie Écran humain), FATNA (Fondation pour l’application des technologies nouvelles aux arts) et Nexus (compagnie de création multimédia); membre fondatrice de la CÉC (Communauté électroacoustique canadienne). Elle a aussi été membre du conseil d’administration de la SMCQ (Société de musique contemporaine du Québec) pendant quelques années.

De 1980 à 97, elle enseigne à la faculté de musique de l’Université de Montréal, la composition électroacoustique et multimédia, la perception auditive et les techniques d’écriture électroacoustique. Elle met sur pied, développe et dirige un programme inédit en composition électroacoustique aux trois cycles (baccalauréat, maîtrise et doctorat).
Programme
deUs irae (19’45’’)

À Micheline Coulombe Saint-Marcoux, in memoriam (1985)

Présentée avec un multi-image réalisé avec Jacques Collin d’après des peintures de Liliane Fortier, David Morin, Michel Pigeon et Pierre Tabouillet. Une commande du Canadian Electronic Ensemble (CEE).


Akousma remercie Mario Gauthier pour le prêt de la bande originale.





15 octobre 2021

Soirée 5
Bloc_2

PIONNIÈRES ET FONDATEURS


1345 Ave. Lalonde, Montréal

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Christophe Lengelé

Actuellement étudiant en doctorat en composition et création sonore à l'Université de Montréal, son domaine d’activité et de recherche englobe la spatialisation sonore, la composition et performance électronique, et plus particulièrement le développement d’outils et d’interfaces audio expérimentaux en temps réel sur des plateformes open source telles que SuperCollider.Après avoir étudié l'économie et le droit et travaillé en tant qu’analyste marketing dans des compagnies internationales durant quelques années, il a décidé de quitter le domaine commercial pour reprendre des études en composition électroacoustique (conservatoire Georges Bizet à Paris-20ème, Université Paris-Est Marne La Vallée).Il cherche à réunir les sphères de la composition et de l’improvisation spatiales, en se focalisant depuis 2011 sur le développement d’un outil numérique de performance spatiale, afin de jouer du lieu et de la musique en même temps.

Programme
Hommage à Robert Normandeau (10’)

La performance spatiale est réalisée à partir d’un instrument numérique, nommé Live 4 Life, que l’auteur développe régulièrement depuis 2011 sur SuperCollider, afin de jouer du lieu et de la musique en même temps. Le programme de performance spatiale est basé sur des boucles de paramètres pré-enregistrées et modifiables en temps réel à travers de multiples interfaces.La source sonore principale de cette performance est constituée de plusieurs centaines, voire milliers d’échantillons sonores, extraits de certaines œuvres du compositeur Robert Normandeau, en l’occurence Puzzles, Lieux inouïs, Clair de terre. Cette matière sonore est ré-agencée et triturée, notamment via les vitesses de lecture et de multiples effets multiphoniques, dont les paramètres sont décorrélés. La forme de la performance tend ainsi à ressembler à des expériences de vie, qui peuvent osciller lentement ou soudainement entre douceur et violence, des moments intenses et des périodes d’ennui et de tristesse. La machine est poussée jusqu’à ses limites de calcul et les vitesses de lecture des  échantillons sont modifiées frénétiquement, accélérant ou ralentissant ainsi la vie d’une masse d’objets sonores. Ce que j’appelle le souffle de la machine peut parfois être ressenti en surchargeant le CPU de l’ordinateur, ce qui a pour effet d’empêcher le déclenchement de nouveaux événements sonores.

Crédit photo : André Parmentier



Jean-François Denis

Jean-François Denis a découvert l’électroacoustique lors d’un cours d’été donné par Kevin Austin en 1981 à la Concordia University à Montréal. Épris, il poursuivit des études musicales au Mills College à Oakland (Californie, ÉU) avec David Rosenboom (maîtrise, 1984). Il pratique l’électroacoustique en direct, seul ou en ensemble et en différé pour la danse et l’interdisciplinaire de 1982 au milieu des années 90.

Il est le directeur de Diffusion i média (1989) qui produit et distribue les disques empreintes DIGITALes (1990), les disques SONARt (1992-95) et les disques No Type (2002-08).

En 1994, pour son engagement exceptionnel à l’égard des compositeurs canadiens, il reçoit le Prix Amis de la musique canadienne décerné par le Centre de musique canadienne (CMC) et la Ligue canadienne de compositeurs (LCC). En 1995, il reçoit le Prix Jean A Chalmers de composition musicale — Catégorie diffuseurs pour sa contribution à la diffusion de nouvelles œuvres (électroacoustiques) canadiennes. En 2011, il reçoit le Prix Opus 2009-10: Directeur artistique de l’année pour ses 20 ans de travail d’éditeur discographique.

Jean-François Denis est un des trois co-fondateurs et co-directeurs artistiques (1991-2008) et premier président (1991-2009) de l’organisme de concerts Réseaux des arts médiatiques.

Il a enseigné l’électroacoustique à la Concordia University (1985-89) à Montréal où il a organisé les séries de concerts du Groupe électroacoustique de Concordia (GÉC). Il a dirigé la publication des répertoires de la Magnétothèque du GÉC: Q/Résonance (1988) et Q/Résonance Addendum (1989). Jean-François Denis a été membre du comité organisateur du Festival/conférence 2001(-14) (Montréal, mai 1987). Il est membre fondateur (1986) et le premier président de la Communauté électroacoustique canadienne (CÉC) (1986-87; 1987-90) et a fondé et dirigé la publication de la CÉC Contact! (1988-90). Il a dirigé l’édition du GUIDE Diffusion! (1988) et du GUIDE >convergence< (1989) des Journées électroacoustiques CÉC.

Il a été boursier du ministère des Affaires culturelles du Québec (1988), du Conseil des arts du Canada (1988; 1989-90, 1993) et du gouvernement français (1990), et artiste en résidence au studio du Grame (Lyon, France, 1988), au programme des arts médiatiques au Banff Centre for the Arts (Banff, Alberta, 1989) et au studio du Collectif & Cie (Annecy, France, 1990).

Jean-François Denis est un compositeur agréé du Centre de musique canadienne (CMC) (1989) et membre de la Ligue canadienne de compositeurs (LCC) (1990).

Il a aussi siégé à plusieurs conseils d’administration: Conseil québécois de la musique (CQM) (plusieurs années, jusqu’en septembre 1998; 2009-10), Centre de musique canadienne — Région du Québec (2001-08), Centre de musique canadienne — National (2002-08), Et Marianne et Simon (fondateur, 2001-08), Les Filles électriques (fondateur, 2001-07), Fondation SOCAN (2003-09; vice-président 2009-12; président 2012-15; président sortant 2015-18), SODRAC (2009-18) et Association des professionnels de l’édition musicale (APEM) (président 2014-20).

Programme 
4 images (6’48’’)


Cette pièce est un «compromis audio» suite à une longue réflexion sur les écologies sonore et électroacoustique, propos et thème de la commande radiophonique. Un compromis car j’en étais venu à la conclusion que l’humain fesait déjà tellement de son et de bruit, qu’il avait un tel impact sur l’environnement, que ma contribution audible à l’écologie sonore ne pourrait être que du silence… Mais le silence n’est pas très radiophonique… Je ne voulais pas non plus faire «parler» d’écologie — l’art des sons n’a pas besoin de mots; écrire un texte plutôt que de «parler» — j’ai écouté les silences qui m’entourent. J’ai écouté des lieux qui sonnent, les ai captés au microphone et les ai assemblés — les ai «composés» — et les présente ici l’un à la suite de l’autre. C’est la plus belle chose que je pouvais faire.

4 images est une des six capsules de la série Écologie sonore commandées par l’émission Musique actuelle du Réseau FM de Radio-Canada à l’automne 1990. 4 images a été radiodiffusée le 28 octobre 1990 dans la cadre de l’émission Musique actuelle, réalisée par Hélène Prévost, du Réseau FM de Radio-Canada. La création en concert a eu lieu le 7 juin 1991 dans le cadre des 3es Journées électroacoustiques >>Perspectives->-> de la Communauté électroacoustique canadienne (CÉC) à la Concordia University à Montréal.



Robert Normandeau

Son travail de compositeur est principalement consacré à la musique acousmatique, quoiqu’il ait composé quelques œuvres mixtes. Plus spécifiquement, par les sonorités utilisées et les choix esthétiques qui la tendent, sa démarche s’inscrit dans un «cinéma pour l’oreille» où le ‘sens’ contribue à l’élaboration de ses œuvres tout autant que le ‘son’. Plus récemment Robert Normandeau a composé un cycle d’œuvres de musique immersive multiphonique pour dôme de haut-parleurs. À son travail de compositeur de musique de concert s’est ajouté, pendant une vingtaine d’années, celui de compositeur de musique de scène, pour le théâtre notamment.

Il a aussi œuvré comme directeur artistique pendant plus de vingt ans, notamment pour les séries de concerts Clair de terre (Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec (ACREQ)) de 1989 à 93 au Planétarium de Montréal, et Rien à voir et Akousma (Réseaux) de 1997 à 2006.

Il est professeur de composition électroacoustique à l’Université de Montréal depuis 1999 après avoir obtenu le premier doctorat (1992) en composition électroacoustique de l’Université de Montréal, sous la direction de Marcelle Deschênes et de Francis Dhomont. Il y dirige le Groupe de recherche immersion spatiale (GRIS), qui produit des logiciels de spatialisation sonore.

Il a reçu trois Prix Opus décernés par le Conseil québécois de la musique (CQM) dont deux en 1999 («Compositeur de l’année» et «Disque de l’année — Musique contemporaine» pour son disque Figures) et un en 2013 («Disque de l’année — Musique actuelle, électroacoustique» pour son disque Palimpsestes). L’Académie québécoise du théâtre (AQT) lui a décerné deux Masques «Meilleure musique de théâtre», le premier en 2002, pour la pièce Malina et le second en 2005, pour la pièce La cloche de verre, toutes deux dirigées par la metteure en scène Brigitte Haentjens.

Robert Normandeau est lauréat des concours internationaux Ars Electronica, Linz (Autriche, 1993, Golden Nica en 1996), Bourges (France, 1986, 88, 93), Fribourg (Suisse, 2002), Luigi-Russolo, Varese (Italie, 1989, 90), Métamorphoses, Bruxelles (Belgique, 2002, 04), Musica Nova, Prague (République tchèque, 1994, 95, 98, 2012, 13), Noroit-Léonce Petitot, Arras (France, 1991, 93), Phonurgia Nova, Arles (France, 1987, 88), Stockholm (Suède, 1992) et Giga-Hertz (Karlsruhe, 2010).

Il a reçu des commandes d’œuvres du The Banff Centre for the Arts, BBC, CKUT-FM, Codes d’accès / Musiques & Recherches, Jacques Drouin, Les événements du neuf, Groupe de recherches musicales (GRM), Groupe de musique expérimentale de Marseille (GMEM), Terri Hron, Claire Marchand, Musée d’art contemporain de Montréal (MAC), Open Space Gallery, Orchestre symphonique de Montréal (OSM) / Société de transport de Montréal (STM), Arturo Parra, Société Radio-Canada, Réseaux, Sonorities Festival, Vancouver New Music et Zentrum für Kunst und Medientechnologie (ZKM).

Il a été compositeur invité à Banff (Canada, 1989, 92, 93, 2012), Bangor (Pays de Galles, RU, 2008), Belfast (Irlande du Nord, RU, 1997), Bourges (France, 1988, 99, 2005), Huddersfield (Angleterre, RU, 2015), Karlsruhe (Allemagne, 2004, 05, 10, 11), Mons (Belgique, 1996), Morelia (Mexique, 2013), Ohain (Belgique, 1987, 2007), Oslo (Norvège, 2015), Paris (France, 1990, 94) et Santiago (Chili, 2013).

Le deux pièces présentées à Akousma 17 sont publiées sur son CD “Mélancolie”, paru en septembre 2021 chez empreintes DIGITales.

Programme *création
1. L’engloutissement (16’25’’)

2013-17, 19
À Trudy Crane

Le titre L’engloutissement m’est venu de la lecture du livre de Francisco Goldmann, Say Her Name, lu au Mexique où le livre se déroule en grande partie. Récit de la mort de sa jeune femme survenue sur le bord de la mer, ce livre m’a renvoyé à un événement personnel survenu à l’été 2012 où, bien qu’excellent nageur, j’ai failli me noyer. L’engloutissement est celui ressenti dans l’eau, prisonnier de l’eau où, à trois reprises, je suis arrivé à remonter à la surface, pour ensuite redescendre vers le fond, coincé dans une structure trop lourde. C’est une expérience que je n’avais jamais vécue et qui, curieusement, était exempte de la peur qu’on peut imaginer ressentir dans de telles circonstances. Je m’en suis finalement tiré sain et sauf, avec une migraine intense. Le seul traitement sonore utilisé ici a été l’extrême ralenti. C’est un hommage à l’artiste américain Bill Viola, dont la rétrospective vue au Grand Palais à Paris en 2014 m’a profondément touché. L’engloutissement est une œuvre immersive, destinée à être présentée dans un dôme de haut-parleurs.


2. Ravissement (15’21’’)

2019-21
À Jorane

Le mot ravissement renvoie à deux sens: celui, spirituel qui consiste à être transporté dans un monde surnaturel et celui de ravir, d’enlever. Sur le plan musical, cette pièce emprunte l’idée du laminage, qui est, d’une part, un procédé de fabrication par déformation plastique et d’autre part, au figuré, l’action de réduire très fortement l’importance de quelque chose ou de quelqu’un. Ce qui est déformé ici, c’est le temps. Le temps et les spectres sont étirés ici au-delà des seuils de perception. Et au figuré, ce qui est réduit, ce qui est ravi, c’est l’identité des sources musicales utilisées. En 2018, j’ai été invité à collaborer au plus récent projet de la chanteuse et violoncelliste Jorane. Mon travail de composition consistait à traiter en temps réel le matériel musical de la soliste, des chanteuses et du quatuor à cordes. C’était un retour au temps réel pour moi, qui avait été au cœur de mes premières expérimentations électroacoustiques et que j’avais un peu délaissé au cours des trente dernières années… Cette pièce est le résultat d’un mélange entre les matériaux créés pour le spectacle présenté en mars 2019 et ceux qui ont été générés lors de deux résidences de création. La première a eu lieu au Virginia Center for the Creative Arts (VCCA) à Amherst (Virginie, ÉU) en octobre 2019, alors que la seconde a eu lieu à Nice en novembre 2019. Le ravissement comprend neuf mouvements: L’arrivée; Le doute; La crainte; L’extase; L’agitation; L’appel; Le détachement; Le ravissement; La disparition.




Gilles Gobeil 

Après des études en techniques d’écriture, Gilles Gobeil a complété une maîtrise en composition à l’Université de Montréal auprès de Serge Garant. Lors de ses dernières années d’études, il a été initié à la musique électroacoustique avec Marcelle Deschênes et Francis Dhomont. Cette découverte lui a donné le désir de s’investir totalement dans la recherche de formes et de timbres inouïs, en explorant et en maîtrisant toute la gamme des outils offerts par le studio. Sitôt ses études complétées, il s’est consacré presqu’exclusivement à la musique acousmatique et à la musique mixte. Sa pratique se rapproche de ce que l’on nomme ‘cinéma pour l’oreille’. Plusieurs de ses pièces s’inspirent d’œuvres littéraires et tentent à leur tour de donner à voir en suscitant l’émergence d’un maximum d’images mentales. Bien que son œuvre soit constituée principalement de musiques acousmatiques et mixtes, il a également touché à la danse et au cinéma. On décèle souvent dans son travail les traces de son expérience du monde instrumental.

Son travail a obtenu une reconnaissance internationale et s’est mérité de nombreux prix et distinctions, entre autres aux concours Ars Electronica (Autriche), Bourges (France), Ciber@RT (Espagne), CICEM (Monaco), CIME, CIMESP (Brésil), Destellos (Argentine), Luigi-Russolo (Italie), Métamorphoses (Belgique), Musica Nova (République tchèque), Música Viva (Portugal), SOCAN (Canada) et Stockholm Electronic Arts Award (Suède).

Il est régulièrement invité à faire des résidences à l’étranger afin d’y réaliser de nouvelles compositions (Allemagne, Belgique, Brésil, Luxembourg, France, Portugal, Suède). De 2005 à 17, un lien tout particulier s’est développé avec le Zentrum für Kunst und Medientechnologie (ZKM) à Karlsruhe (Allemagne) où il a effectué un grand nombre de résidences. En 2008, il a été compositeur invité du DAAD — Berliner Künstlerprogramm (Allemagne). Dès 2011 Gilles Gobeil a effectué plusieurs tournées de concerts au Royaume-Uni, en Allemagne, au Canada et aux États-Unis d’Amérique afin de présenter sa trilogie d’œuvres pour ondes Martenot et sons fixés avec l’ondiste Suzanne Binet-Audet.

Il a reçu des commandes de plusieurs groupes et institutions, dont Codes d’accès (Montréal), DAAD (Allemagne), empreintes DIGITALes (Montréal), Groupe de musique expérimentale de Bourges (GMEB, France), Groupe de recherches musicales (GRM, France), Musiques & Recherches (Belgique), Société Radio-Canada (SRC), Totem contemporain (Montréal) et ZKM (Allemagne), ainsi que des commandes personnelles de Uli Aumüller, Folkmar Hein, Camille Mutel et Oscar Wiggli et des interprètes Suzanne Binet-Audet, Yves Charuest, Arturo Parra et Rick Sacks.

Une collaboration particulière avec le guitariste, improvisateur et compositeur René Lussier a donné naissance au disque intitulé Le contrat. Parmi ses six disques solos, tous publiés chez empreintes DIGITALes, trois ont été finalistes aux Prix Opus du Conseil québécois de la musique (CQM) alors que son disque Trilogie d’ondes a obtenu le Prix Opus 2004–05.

De 1991 à 2017, il a été professeur de Technologies sonores au Cégep de Drummondville et a également été compositeur invité à l’Université de Montréal et au Conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal.

Gilles Gobeil est membre de la Communauté électroacoustique canadienne (CÉC), compositeur agréé du Centre de musique canadienne (CMC) et co-fondateur de Réseaux, un diffuseur d’événements en arts médiatiques.

Programme *création
1. Sentinelle (15’31’’)

2019-2020
1er prix, catégorie musique mixte
au concours international Musica Nova de Prague en 2020 

Sentinelle est une composition pour saxophone alto et sons fixés. C’est un modeste hommage au film « 2001 : Odyssée de l’espace » (1968) de Stanley Kubrick afin d’en souligner le  50ième anniversaire. Cette composition a été réalisée dans les studios de Musiques et Recherches (Belgique), à l’Universitade Catolica do Porto (Portugal) et au studio du compositeur. La pièce a reçu le support du Conseil des arts du Canada. Merci à Yves Charuest (saxophone alto).



2. Un cercle hors de l’arbre (10’28’’)

Pour sons fixés
2014-15
À Flo Menezes

Librement inspiré du film La Jetée (1962) de Chris Marker (1921-2012).

Un cercle hors de l’arbre a été composée dans les studios PANaroma de l’UNESP à Sao Paulo au Brésil, avec le support du Conseil des arts du Canada (CAC).

La pièce a obtenu le Second Prix au 8e concours de composition électroacoustique Destellos à Mar Del Plata, Argentine, en 2015.



Crédit photo : Isabelle Gardner