22 octobre 2026
Soirée 2 -
20h
Bloc_1

1345 Ave. Lalonde, Montréal, QC H2L 5A9
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Futur Antérieur
Chez AKOUSMA, nous aimons présenter des œuvres pionnières du répertoire, ce qui nous a notamment amenés, lors de la précédente édition, à revisiter l’œuvre de Daphne Oram (1925-2003).Cette année, nous plongeons dans la musique de Forbidden Planet, grand classique de la science-fiction qui fête ses 70 ans ! Composée en 1956 par Bebe et Louis Barron, cette musique nous ramène à un « futur antérieur », une époque où tout semblait encore possible et où le futur paraissait être à notre porte.
Bebe et Louis Barron
« Bebe et Louis Barron occupent une place singulière dans l’histoire de la musique électronique. Installés à Greenwich Village à la fin des années 1940, ils commencent à expérimenter avec le magnétophone à bande, transformant les sons par accélération, ralentissement, inversion et montage. Louis conçoit parallèlement des circuits électroniques à tubes générant des sonorités inédites, que Bebe organise et transforme par le travail sur bande. Proches de la scène avant-gardiste new-yorkaise et notamment de John Cage, ils développent ainsi une approche radicalement nouvelle de la composition électronique.En 1956, ils réalisent la trame sonore de Forbidden Planet, l’une des premières grandes productions hollywoodiennes à confier l’ensemble de son univers musical à des sons entièrement électroniques. Louis génère les matières sonores à partir de circuits qu’il pousse parfois jusqu’à leur destruction, tandis que Bebe les monte, les transforme et les organise sur bande magnétique.
Dans Forbidden Planet, la frontière entre musique et effets sonores disparaît : bips, glissandi, grondements et textures électroniques constituent à la fois l’environnement sonore du film et sa musique. Le caractère radical de cette approche est tel que le syndicat des musiciens refuse alors de reconnaître leur travail comme une musique de film. Les Barron sont ainsi crédités au générique pour leurs « electronic tonalities ».
Bien avant la généralisation des synthétiseurs, Bebe et Louis Barron créaient ainsi, à partir de circuits électroniques rudimentaires et de bandes magnétiques, un univers sonore qui allait devenir l’un des jalons majeurs de l’histoire de la musique électronique au cinéma ».
Extrait d’un texte de l’historien des sciences Dr. William B. Ashworth disponible : ici
Programme
Forbidden Planets extraits (1956) 15’

Affiche publicitaire du film (1956)

Bebe et Louis Barron dans leur laboratoire sonore à Greenwich Village, photographie, sans date (independent.co.uk).
Felix Deufel (de)
Felix Deufel est un artiste sonore et écologue acoustique dont le travail se concentre sur le son spatialisé, l’écoute spatiale et les relations entre paysages sonores, société et environnement.À travers ses recherches de terrain et ses expéditions, il explore les enjeux environnementaux liés aux écosystèmes et à l’influence humaine à l’ère de l’Anthropocène. Il étudie notamment les paysages sonores de territoires tels que l’Himalaya, les forêts tropicales et subtropicales, la calotte glaciaire du Groenland et le monde sous-marin de l’Arctique.
Sa pratique englobe installations, compositions, performances et recherches de terrain, souvent dans une approche collaborative et interdisciplinaire mêlant musique, danse, performance et cinéma.
Fondateur de Not a Number Studio, spécialisé en audio 3D, Felix Deufel a également fondé en 2020 le Center for Immersive Media Art, Music and Technology (ZiMMT) à Leipzig, un espace consacré à la création, à l’expérimentation et à la diffusion des arts médiatiques immersifs et du son spatialisé.
Programme
LOST IN LIQUID NOISE (2023-2026) 20’
Chaque jour, le Groenland perd 600 millions de tonnes de glace. Une réalité difficilement perceptible — nous l’avons rendue audible.
Lost in Liquid Noise est une œuvre audio 3D multicanale entièrement composée à partir d’enregistrements de terrain réalisés par Felix Deufel au cours de deux expéditions dans l’Arctique (2023–2024) : vêlage des glaciers, eaux de fonte sous-glaciaires, tremblements de glace, systèmes de moulins glaciaires, captations sous-marines sous les mers gelées, icebergs à la dérive, présence de baleines et première floraison printanière du plancton.
Spatialisée sur un dispositif tridimensionnel de haut-parleurs, l’œuvre fait voyager l’auditeur à travers des textures sonores en constante évolution, allant de microdétails cristallins à d’impressionnantes ruptures glaciaires. Le bruit agit ici à la fois comme matière physique et comme métaphore : surcharge environnementale, transformation continue, perte de contrôle.
En l’absence de repères visuels, le son devient à lui seul le moteur narratif, brouillant les repères spatiaux et plongeant l’auditeur dans un état d’écoute profonde. Le changement climatique devient ainsi perceptible, non pas par l’explication, mais à travers une expérience spatiale, physique et sonore directe.


Crédit photo : Nina Buttendorf

Crédit photo : Felix Deufel
Christine Groult (fr)
Christine Groult inscrit son travail dans la recherche d’une musique électroacoustique expressive, attentive au potentiel poétique des sons et à leur pouvoir d’évocation. Sa composition prend souvent appui sur l’observation de phénomènes physiques, de matières, de mouvements ou de transformations. Par le jeu des images et des métaphores, ces expériences du monde extérieur deviennent des modèles de pensée qui entrent en résonance avec l’expérience la plus intime de l’humain, ses affects et les forces qui le traversent et le mettent en mouvement. C’est dans ce passage du concret au symbolique, dans un va-et-vient entre le sensible et la pensée, que se construit son écriture. Son goût pour les lieux porteurs d’imaginaire l’a également conduite à concevoir des œuvres et des scénographies sonores in situ. Ses œuvres sont régulièrement jouées en France et à l’étranger. »Formée au Groupe de Recherches Musicales (GRM) de Radio France auprès de Pierre Schaeffer, au Conservatoire expérimental de Pantin, ainsi qu’en musicologie et linguistique à la Sorbonne, Christine Groult a été assistante au département de pédagogie de l’IRCAM, de 1976 à 1986. Après avoir dirigé le studio de musique électroacoustique du Conservatoire de Chalon-sur-Saône de 1985 à 1990, elle a enseigné la composition électroacoustique au CRD de Pantin jusqu’en 2015.
Programme
Eaux mêlées (2021) 30’
Commande/résidence du Logelloù, centre d’exploration et de création en Côtes d’Armor, Bretagne. Création en septembre 2021 sur le site remarquable du Yaudet au bord de l’estuaire du Léguer.
L’union intime de la terre et de la mer caractérise l’ambiance des côtes d’Armor (Bretagne). Il est impossible de distinguer avec netteté la limite entre la terre et la mer, entre les éléments solides et fluides. Les rochers, la mer, la rivière, l’estran, les herbues... s’articulent entre eux, la mer entre dans les terres par les estuaires.
Un voyage méditatif imprégné de l’odeur de l’estuaire et de ses eaux mêlées, celle de la vase, de la matière primordiale.
Avec des sons de nature de Marc Namblard (audio-naturaliste) et des sons enregistrés avec Noëlle Deffontaines (danseuse), Benjamin Dousteyssier (saxophone), Lê Quan Ninh (percussion).

Crédit photo : Philippe Ollivier
22 octobre 2026
Soirée 2 -
Bloc_2

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Roxanne Turcotte (ca)
Compositrice et conceptrice sonore, son esthétique musicale repose sur un art d’intégration à caractère cinématographique qu’elle nomme cinémasonie. Roxanne Turcotte participe aussi à la création et à l’exécution de musique pour la télé, le cinéma, la radio, la scène, le web et les arts du cirque, ainsi qu’à la création d’installations sonores, musicales et visuelles. Elle est appelée à faire partie de jurys en composition et donne des formations, conférences et ateliers de composition. Roxanne Turcotte travaille aujourd’hui à la réalisation d’intégrations d’installations sonores au jeu en direct avec support multicanal. Initialement formée en piano au Conservatoire de musique de Montréal, elle se spécialise en composition et en technologie musicale sous la direction de Marcelle Deschênes et de Francis Dhomont et devient en 1988, la première femme, à obtenir un diplôme d'études supérieures en composition électroacoustique de l’Université de Montréal.
La musique de Roxanne Turcotte a reçu plusieurs prix et distinctions aux EU, en France et au Canada). En 2021 la SOCAN lui a décerné le Prix Jan-V-Matejcek de nouvelle musique classique. Son travail électroacoustique a été présenté dans plusieurs festivals et concerts internationaux. Roxanne Turcotte a été membre du Comité artistique (2016-2021) de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) et est membre des conseils d’administration du CMC Québec (2016-) et du Groupe Le Vivier (2021-).
Programme
Artéfacts (2024-2026) 13’45’’
Lancement du disque Sillages sur empreintes DIGITALes
https://electrocd.com/fr/album/6828-roxanne-turcotte-sillages
Microcosme introspectif. Des sons cachés viennent d’objets usuels, d’êtres vivants dotés d’une grande pérennité ou de captures hétéroclites prises durant mes voyages (Seychelles, Nouvelle-Zélande) et dans des endroits de prédilection et d’observation lors de mes promenades.
Coléoptères, diptères et hémiptères nous ont devancés il y a déjà très longtemps en laissant des empreintes écologiques indélébiles. J’entends une cigale tout près qui me fait réfléchir sur des lieux et toute une existence passée. La première apparition de la cigale remonte à 264 millions d’années. Celle-ci est adoptée par les Grecs de l’Antiquité pour son chant. Bien cachée et masquée dans son refuge, la larve enfouie sous terre peut attendre dix-sept ans avant d’émerger, selon le lieu, mais elle meure très rapidement lorsque démasquée. Cela en dit beaucoup sur sa longévité et les civilisations de l’époque. À l’aide d’une membrane vibrante, elle produit des sons pouvant atteindre 100 décibels. Je suis fascinée.
Tout comme les cigales, les souvenirs ressemblent à des fossiles. Ils représentent des histoires vécues, des situations sociopolitiques, des objets fabriqués par les humains, mais surtout des circonstances et des tournants aléatoires de la vie. Saurez-vous reconnaître, dans cette musique, quelques témoins de cette vie sur terre?
Différentes sections de l’œuvre sont séparées par des pauses symboliques, illustrées par la voix du comédien Laurent Poitrenaux. Elles servent de respirations structurelles de l’œuvre et sont témoins d’une culture et d’une vision de notre vitalité. Des traces parfois inquiétantes, rassurantes ou réconfortantes nous montrent que nous sommes vivants, même morts. Ces citations sont extraites de pièces de théâtre qui, malgré des recherches archéologiques incessantes, restent inconnues et deviennent des artéfacts.
Sont aussi présents quelques extraits d’entrevues par l’animateur Michel Dupuis à CIBL en 1985, par Hélène Prévost à Radio-Canada en 1986 avec, entre autres, les compositeurs Claude Lassonde et Michel Ratté, ainsi que par Michel Rochon captée par La conserve média en 2021.

Crédit photo : Roxanne Turcotte

Couverture: Roxanne Turcotte (assistée d’un outil d’intelligence artificielle)
Barry Truax (ca)
Barry Truax est professeur émérite à la School of Communication de l’Université Simon Fraser. Il a collaboré au World Soundscape Project, notamment en assurant la direction du Handbook for Acoustic Ecology, et a publié Acoustic Communication, un ouvrage consacré au son et à la technologie, aujourd’hui dans sa deuxième édition.En 1991, son œuvre Riverrun a reçu le Magisterium au Concours international de musique électroacoustique de Bourges, en France. Les compositions multicanales et les paysages sonores de Truax sont régulièrement présentés dans des concerts et festivals à travers le monde. En 2015-2016, il a été professeur invité Edgard Varèse à l’Université technique de Berlin.
En tant que professeur à l’Université Simon Fraser, il a reçu le Prix d’excellence en enseignement de l’université en 1999, puis un doctorat honorifique en beaux-arts en 2025. Il a également été nommé membre de l’Ordre du Canada en 2025.
Programme
The Elemental Trilogy
Œuvres octophoniques de Barry Truax
What The Waters Told Me (2022) 11’37’’
How The Winds Caressed Me (2023) 12’20’’
When The Earth Mourned For Me (2024) 12’20’’
Cette trilogie d’œuvres récentes cherche à brouiller la distinction entre les sons naturels et les sons humains en hybridant des matériaux issus de ces deux sources, autour de trois des éléments fondamentaux : l’eau, le vent et la terre. Dans le contexte de la crise écologique actuelle, nous pouvons en venir à nous considérer comme une partie intégrante de notre environnement, que nous devons respecter.
What The Waters Told Me (Ce que les eaux m’ont dit)
Si nous écoutons attentivement l’eau qui s’écoule sous toutes ses formes, nous pouvons commencer à y entendre des voix et à leur attribuer des émotions humaines. Ces voix peuvent être querelleuses, voire colériques, comme au début de notre voyage, mais elles s’apaisent soudainement lorsque nous pénétrons dans une vaste caverne. Une voix mystérieuse semble nous donner des instructions tandis que nous attendons la prochaine étape, alors que des voix éthérées nous guident. Les injonctions se font de plus en plus insistantes, jusqu’à ce que les eaux jaillissent dans un chant transcendant, célébrant l’eau et la vie.
How The Winds Caressed Me (Comment les vents m’ont caressé)
Le vent est une présence insaisissable et imprévisible dans nos vies. Invisible, il se révèle à nous par une expérience tactile et, sur le plan sonore, uniquement à travers ce avec quoi il interagit. Il peut donner l’impression de nous parler lorsqu’il traverse une ouverture étroite, ou même évoquer un musicien lorsqu’il met une corde en vibration — l’effet éolien — ou fait résonner un tube de son souffle. Ses humeurs peuvent aller de l’adversaire implacable et tempétueux à la plus douce des caresses. Cette œuvre nous entraîne à travers ce répertoire de manifestations, jusqu’à nous envelopper dans un océan de transcendance.
When The Earth Mourned For Me (Quand la Terre a pleuré pour moi)
Chaque jour apporte de nouveaux signes de la détérioration de notre environnement, suscitant en nous un sentiment de deuil à la fois personnel et collectif. Nous pleurons la Terre, mais si nous prêtons attention à ses lamentations, se pourrait-il qu’elle pleure également pour nous, qui sommes à l’origine de sa destruction ? Cette œuvre nous invite à écouter les voix de la Terre, qui peuvent surgir jusque dans les matières que nous en avons extraites. Le voyage se déploie en quatre sections qui se chevauchent : Chœur, Lamentation, Angoisse et Thrène.
